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Dans les profondeurs historiques de l’État profond étasunien


Par Jada Thacker – Le 23 juin 2017 – Source Consortium News
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Deep state

Il semble que tout le monde parle de l’État profond de nos jours. Bien que le terme semble avoir pénétré le langage commun à la fin des années 1990, pendant des années il ne faisait référence qu’à des gouvernements de l’ombre étrangers, sûrement pas à notre propre « nation indispensable ».

Est-ce que la présence soudaine d’un État profond américain – grossièrement définie comme une élite non élue qui manipule le gouvernement élu pour servir ses propres intérêts – constitue une menace nouvelle, voire existentielle, pour la démocratie ?

Pas vraiment. La menace semble assez réelle, mais elle n’est pas nouvelle. Considérez ces faits : il y a 230 ans, un groupe non élu d’élites américaines a tenu une réunion secrète avec un ordre du jour non divulgué. Leur but n’était pas seulement de manipuler un gouvernement légitime dans leur propre intérêt, mais de l’abolir complètement. À sa place, ils installeraient un gouvernement radicalement non démocratique – un gouvernement « plus parfait », ont-ils déclaré – disons mieux adapté à leurs portefeuilles d’investissement.

L’histoire n’appelle pas ces conspirateurs l’État profond. Elle les appelle les Fondateurs. Les Fondateurs ne se considéraient pas eux-mêmes comme des conspirateurs, mais comme des « républicains » – non pas en référence à un parti politique, mais plutôt à leur position économique dans la société. Mais leur dévouement au « républicanisme » était visiblement intéressé. Un texte courant de l’université, « The American Journey : A History of the United States », révèle, sans l’expliquer, « l’idéologie républicaine » :

« Leur principal rempart contre la tyrannie était la liberté civile, ou le maintien du droit des gens à participer au gouvernement. Les gens qui le faisaient devaient, par contre, démontrer leur vertu. Pour les républicains du dix-huitième siècle, les citoyens vertueux étaient ceux qui ne se concentraient pas sur leurs intérêts privés, mais plutôt sur ce qui était bon pour le public dans son ensemble.

Ils étaient forcément des propriétaires, puisque seuls ces individus pouvaient exercer une indépendance de jugement, impossible pour ceux qui dépendent d’un employeur, de propriétaires fonciers, de maîtres ou (dans le cas des femmes et des enfants) d’un mari et d’un père. »

Le républicanisme était une idée intéressante si vous étiez un maître ou propriétaire, qui étaient les seules personnes que cette idéologie considérait comme assez « vertueuses »pour voter ou occuper un poste politique. Ainsi, le « républicanisme » – pratiquement indiscernable du « néolibéralisme » d’aujourd’hui – a créé l’État profond original à l’image du système économique qu’il était conçu pour perpétuer.

La façon dont cela a été accompli n’est pas un récit réconfortant. Mais il ne peut être relié au présent ni compris sans apprécier le contexte historique dans lequel il s’est déroulé.

Maîtres et serviteurs

L’Amérique postcoloniale était principalement agraire, et environ 90% de la population était agricultrice. (La plus grande ville, en 1790, était New York et son énorme population de 33 000 habitants.) Il y avait une petite classe moyenne d’artisans, de commerçants et même une poignée d’ouvriers, mais les gens politiquement et économiquement puissants étaient relativement peu nombreux – des gros commerçants et des propriétaires fonciers – qui faisaient également fonction de banquiers.

Le gouverneur Morris, délégué à la Convention constitutionnelle

L’Amérique n’était pas vraiment une société féodale, mais elle y ressemblait. Les gens du commun ne passaient pas par la porte principale des riches mais étaient reçus par celle de derrière. La plupart des États avaient des religions officielles, certaines avec fréquentation obligatoire de l’église et amendes en cas d’absence. L’échange était la monnaie courante de la grande majorité. Les endettés étaient emprisonnés. Les parents vendaient leurs enfants en servitude. Ce n’est pourtant pas ce à quoi pensent la plupart des gens quand ils entendent « Yankee Doodle Dandy ».

Dans tous les États le vote était restreint aux hommes qui possédaient une quantité requise de biens, alors que la majorité, les femmes non veuves, les serviteurs et les locataires ne possédaient aucun bien. En outre, la plupart des États avaient des exigences de propriété pour être éligible, et dans certains les fonctions supérieures étaient réservées à ceux qui possédaient le plus de biens. De telles restrictions ont discriminé la sous-classe urbaine et les agriculteurs depuis le début de la colonisation américaine.

Personne à cette époque ne qualifiait de « démocratie » cette terre de maîtres et de serviteurs. En effet, la classe dirigeante considérait la « démocratie » comme un synonyme de « maitrise de la foule ». Mais tout le monde n’était pas heureux de cette « vertu républicaine » dans l’Amérique de l’après-révolution, encore moins les esclaves des « vertueux ».

La révolution a bien provoqué des envies de liberté sociale et économique parmi la classe inférieure, mais lorsque la guerre a pris fin, rien n’a changé. En fait, cette guerre s’est révélée ne pas être une révolution, mais une simple alternance entre des seigneurs britanniques et des seigneurs américains. Edmund Morgan, considéré comme le doyen de l’histoire américaine à l’époque coloniale, a caractérisé la « guerre non révolutionnaire »de cette façon :

« Le fait que les rangs inférieurs étaient impliqués dans le combat ne devrait pas obscurcir l’autre fait que cette guerre était surtout une lutte pour le pouvoir et les hautes fonctions politiques entre des membres de la classe supérieure : la nouvelle contre celle établie. »

Environ 1 % de la population américaine est morte dans cette guerre menée, leur a-t-on dit, pour la « liberté ». (Comparez : si les États-Unis perdaient la même proportion de sa population dans une guerre aujourd’hui, le résultat serait de plus de trois millions de morts américains.) Pourtant, après la guerre, la liberté économique n’était nulle part en vue.

De plus, le concept même de « liberté » signifiait une chose pour un fermier et autre chose pour son riche propriétaire ou un commerçant. La liberté pour le fermier – qui était généralement un agriculteur de subsistance ne cultivant pas pour faire de l’argent, mais plutôt pour nourrir sa famille – signifiait rester hors de toute dette. La liberté pour les commerçants et les propriétaires – pour qui il s’agissait de faire des bénéfices financiers – signifiait conserver la capacité de prêter ou de louer à d’autres et d’accéder au pouvoir gouvernemental afin de faire respecter les remboursements des débiteurs et les loyers des locataires.

Tout comme les Indiens d’Amérique qui possédaient auparavant la terre occupée maintenant par les agriculteurs de subsistance américains, les fermiers endettés faisaient face à la perspective impensable de perdre leur capacité à nourrir leurs familles (et leur droit de voter) si leurs terres étaient confisquées pour des impôts ou des dettes non payés. [Voir Consortiumnews.com, Comment la dette a conquis l’Amérique.]

La perte de ses terres condamnait un propriétaire à une vie de locataire. Et la servitude des locataires et des esclaves n’était surtout qu’une question de fer ou de papier : les esclaves étaient enchainés par le fer, les locataires étaient enchainés par les dettes. Mais le fer comme le papier étaient tous deux soutenus par la loi.

À la fin de la guerre révolutionnaire, près d’un tiers des fermiers américains possédaient leur propre terre. Lorsque les élites urbaines ont commencé à faire payer les dettes et à augmenter les impôts des agriculteurs de subsistance – dont beaucoup avaient combattu une longue et terrible guerre pour assurer leur « liberté » – cela constitua un assaut direct contre le dernier bastion de l’indépendance économique des Américains.

La première grande récession

Après la guerre, les commerçants et les banques britanniques ne faisaient plus crédit aux Américains. En outre, la Grande-Bretagne a refusé d’autoriser les Américains à commercer avec leurs colonies des Indes occidentales. Et, pour aggraver les choses, la marine britannique ne protégeait plus les navires américains des pirates nord-africains, leur interdisant effectivement le commerce méditerranéen. Parallèlement, la marine américaine ne pouvait pas protéger les convois maritimes américains, en Méditerranée ou ailleurs, parce que l’Amérique ne possédait pas de marine militaire.

Dans le passé, les marchands américains commerçaient avec leurs fournisseurs britanniques en bénéficiant de délais de paiement. Trop d’Américains ayant refusé de payer leurs traites après la Révolution, les Britanniques ont donc demandé « à être payés au comptoir », avec pièces d’or et d’argent, avant que leurs marchandises ne soient livrées en Amérique.

Comme toujours, les Américains avaient un nombre de pièces limité pour payer ces achats. Au fur et à mesure que la crise du crédit a pris de l’ampleur, les grossistes ont exigé un paiement en espèces auprès des détaillants, les détaillants ont demandé la même chose à leurs clients. Les commerçants ont commencé à récupérer leurs prêts qu’ils avaient consentis aux fermiers, remboursables en pièces de monnaie. Les fermiers sans pièces de monnaie ont été forcés de vendre leurs biens, leur bétail ou leurs terres durement gagnés pour réunir l’argent afin d’éviter une saisie imposée par le tribunal, qui comprenait non seulement la saisie et la vente de leurs biens, mais aussi un emprisonnement pour dettes non payées.

Le président George Washington

Le résultat le plus visible de la guerre américaine pour la « liberté » s’est avéré être une récession économique qui a duré une décennie. Malgré cela, la récession n’aurait pas posé de problème pour les agriculteurs de subsistance qui possédaient des terres, qui vivaient dans des sociétés rurales et autonomes, matériellement autosuffisantes. Mais lorsque les gouvernements des États ont commencé à augmenter les taxes sur les fermiers, taxes payables seulement en pièces d’or et d’argent, fort peu disponibles, même les agriculteurs « autosuffisants » se sont retrouvés soumis au risque de perdre la capacité de nourrir leurs familles.

Dette, spéculation et l’État profond

Le Congrès a bien tenté de payer sa guerre contre la Grande-Bretagne en imprimant du papier-monnaie. Les Britanniques ont affaibli ces dollars « continentaux », non seulement en poussant les marchands américains à payer en or et en argent, mais aussi en imprimant des millions de faux dollars continentaux et en les mettant en circulation. Le résultat global a été une dévaluation catastrophique du dollar continental, qui, à la fin de la guerre, était sans valeur.

En attendant, le Congrès et les gouvernements des États avaient emprunté pour payer leur « liberté ». À la fin de la guerre, la dette s’élevait à 73 millions de dollars, dont 60 millions étaient dus aux créanciers nationaux. C’était une somme d’argent énorme. Dans son chef-d’œuvre consciencieusement ignoré, « An Economic Interpretation of the Constitution of the United States », l’historien Charles A. Beard a montré que la dette de guerre détenue à l’étranger équivalait à 10% de la valeur de toutes les exploitations recensées (y compris les maisons) dans tous les États-Unis de l’époque.

Il fallait aussi, bien sûr, payer les intérêts de cette dette ; ce qui pose problème si vous êtes endetté, mais est une bonne chose si elle vous est due. Non seulement la « liberté n’était pas gratuite », mais elle fut accompagnée de dividendes pour les investisseurs de l’État profond. Cela devrait vous paraitre au moins vaguement familier de nos jours.

Comme le papier-monnaie continental avait perdu de sa valeur, le Congrès et les gouvernements des États ont continué à payer pour leur « liberté » avec des pièces empruntées avec intérêts. Quand elles ont manqué, le gouvernement n’a payé qu’avec des promesses de paiement à une date ultérieure – de simples morceaux de papier promettant de payer en pièces de monnaie (ou en terre) à un moment indéterminé après que la guerre serait gagnée.

C’est ainsi que le gouvernement a approvisionné les troupes (chaque fois qu’il a pu le faire) et qu’il a payé ses salaires. Dans la pratique, cependant, le Congrès ne payait souvent rien aux troupes, même pas avec des promesses de papier, n’offrant que la promesse verbale de les payer à la fin de la guerre.

Mais la guerre n’est jamais une entreprise lucrative pour un gouvernement, et lorsqu’elle s’est terminée, les finances du gouvernement étaient encore plus à sec que jamais. Alors, il a écrit ses promesses verbales sur des morceaux de papier et les a remis à ses troupes démobilisées avec un chaleureux « bonne chance avec ça ! ». Même ainsi, le Congrès a payé les soldats avec des obligations qui ne payaient qu’une fraction du temps que la plupart avaient servi, promettant (encore !) de payer le solde plus tard – ce qu’il ne fit jamais.

Des milliers de soldats ont été abandonnés de cette façon. La plupart n’ont pas été payés avant des années (quand ils l’ont été), et beaucoup étaient à des centaines de kilomètres de leurs maisons – malades, blessés et affamés – comme ils l’étaient depuis des mois et des années. D’autres étaient habillés uniquement de chiffons. Certains portaient des promesses en papier pour être payés en argent, d’autres en terres géographiquement éloignées – dont aucune ne serait disponible avant des années, voire pas du tout.

L’ancien combattant de la guerre révolutionnaire de sept ans, Philip Mead, a décrit son sort dans des mémoires amères intitulées « A Narrative of Some of the Adventures, Dangers and Sufferings of a Revolutionary Soldier » (Le récit de quelques aventures, dangers et souffrances d’un soldat révolutionnaire) :

« Nous étions absolument affamés. Je déclare solennellement que je n’ai pas mis un seul morceau de nourriture dans ma bouche pendant quatre jours et autant de nuits, à l’exception d’une petite écorce de boule noire que j’ai obtenu en mâchant un bâton de bois, si on peut appeler cela de la nourriture. J’ai vu plusieurs hommes rôtir leurs vieilles chaussures et les manger … .

Quand le pays a pressé la dernière goutte de travail qu’il pouvait obtenir des pauvres soldats, ils étaient laissé à la dérive comme de vieux chevaux fatigués, et rien n’était dit au sujet des terres qu’ils pourraient cultiver. »

C’était cela la liberté ? Pour les anciens combattants appauvris, la « liberté » semblait sinistre, en effet. Pour les spéculateurs sur les obligations d’État, la liberté prenait l’apparence d’une opportunité en or, littéralement parlant.

Les vautours possédaient des pièces de monnaie et achetaient des obligations d’État valant un dollar, pour juste un nickel. Les spéculateurs se sont enrichis non seulement grâce aux promesses faites aux anciens combattants désespérés (dont beaucoup ont vendu leurs promesses simplement pour obtenir de la nourriture et des vêtements sur leur longue route de retour à la maison), mais aussi à celles d’une foule de personnes dont les biens ou les services avaient été payés avec des lettres de créance.

Les spéculateurs optimistes s’accaparaient des obligations des spéculateurs pessimistes. Plus les gens devenaient désespérés pendant la récession, plus ils vendaient leurs promesses à bas prix à ceux qui ne l’étaient pas.

Les spéculateurs s’attendaient à ce que leurs investissements, même ceux consistant en du papier-monnaie sans valeur, soient payés en pièces d’or ou d’argent. De plus, les « initiés » s’attendaient à ce que toutes ces promesses gouvernementales soient éventuellement converties – discrètement si possible – en des emprunts avec intérêt, grâce à une autorité fiscale unique et puissante. Tout l’État profond avait besoin maintenant d’un gouvernement national pour sécuriser ce plan d’investissement. Un homme nommé Daniel Shays a involontairement aidé à répondre à ce besoin.

Rébellion et répression

Thomas Jefferson a écrit la phrase célèbre : « L’arbre de la liberté doit être rafraîchi de temps en temps avec le sang des patriotes et des tyrans. » Il ne faisait pas référence à d’héroïques patriotes américains chargeant Bunker Hill contre les baïonnettes britanniques. Il se référait plutôt aux fermiers américains – dont beaucoup avaient été les soldats affamés dans cette guerre pour une liberté illusoire – prenant leur vie en main pour s’opposer aux politiques fiscales du gouvernement du Massachusetts en 1787. Le principal chef de cette révolte était un fermier et vétéran de guerre, Daniel Shays.

Le général Benjamin Lincoln, qui a dirigé les forces chargées de mâter la rébellion de Shays dans l’ouest du Massachusets

En un sens, l’aspect le plus intéressant dans la rébellion de Shays est que ce n’était pas un événement unique.

Le premier exemple notable de révolte agraire a été la Rébellion de Bacon, en 1676 en Virginie, lorsque les agriculteurs ont marché vers les riches demeures des propriétaires de plantations de Jamestown, les ont complètement brûlées, ont publié leur « Déclaration du Peuple » démocratique et ont menacé de pendre chaque tyran inscrit sur leur liste d’élites – certains étant les ancêtres des Pères Fondateurs de l’Amérique.

L’historien Gary Nash nous rappelle que la Rébellion de Bacon a eu des échos dans l’histoire américaine : « Des explosions de désordre ont marqué le dernier quart du XVIIe siècle, renversant les gouvernements établis dans le Massachusetts, New York, le Maryland, la Virginie et la Caroline du Nord. » Jimmy Carter, dans « The Hornet’s Nest » (La boite de Pandore), le seul roman jamais publié par un président américain, raconte l’histoire similaire de l’agonie des agriculteurs dépossédés en Géorgie, un siècle plus tard.

D’autres fermiers se sont rebellés dans le New Jersey dans les années 1740 ; dans la guerre des loyers de la New York Hudson Valley, dans les années 1750 et 1760, et simultanément au Vermont par les Green Mountain Boys d’Ethan Allen ; pendant une décennie, en Caroline du Nord, dans les années 1760, où des vigiles, appelés Régulateurs, ont lutté contre le gouvernement de l’élite urbaine ; et en Virginie dans les années 1770. De même, les villes américaines ont connu des scènes d’émeutes de travailleurs, de manifestations et de grèves pendant un siècle. La lutte des classes américaine, apparemment inconnue de la plupart des professeurs d’histoire américains, était plutôt la règle que l’exception.

La victoire dans la guerre contre l’Angleterre n’a fait qu’intensifier le conflit entre ceux qui considéraient la « liberté » comme une condition nécessaire pour vivre sans dettes et ceux qui considéraient que la « liberté » était leur privilège de classe de s’enrichir des dettes que les autres leur devaient. Howard Zinn, dans son ouvrage, « A People’s History of the United States », décrit les réalités économiques de l’Amérique du XVIIIe siècle :

« Les colonies, en revanche, étaient des sociétés de classes en lutte – un fait obscurci par l’emphase mise, dans l’histoire traditionnelle, sur la lutte contre l’ennemi extérieur qu’était l’Angleterre et l’unité des colons dans la Révolution. Le pays n’était donc pas ‘né libre’ mais né esclave/libre, serviteur/maître, locataire/propriétaire, pauvre/riche. »

Bien que la rébellion de Shays n’a pas été unique, il s’agissait d’un événement énorme qui arriva à un moment où les riches devaient recevoir beaucoup d’argent de la part des gouvernements appauvris. Pressuré par les riches détenteurs d’obligations et les spéculateurs, le gouvernement du Massachusetts a dûment augmenté les taxes sur les fermiers. Pour rendre les choses encore pires, les taxes ne pouvaient être payées qu’en or ou en argent – ce qui était complètement hors de question pour la plupart des fermiers, qui n’avaient aucun moyen d’obtenir de l’argent métal.

Lorsque ceux-ci se sont plaints, leurs doléances ont été ignorées. Lorsque qu’ils ont demandé au gouvernement d’émettre du papier-monnaie et de l’accepter comme paiement des dettes et taxes, le gouvernement a refusé leur demande. Lorsque qu’ils ont plaidé pour l’adoption de « lois sur les devises à cours légal » qui leur permettraient de régler leurs dettes ou leurs impôts avec leur travail, ils ont été repoussés.

Et lorsque les fermiers ne pouvaient pas payer ce qu’ils n’avaient pas, les tribunaux du Massachusetts ordonnaient la saisie de leurs terres et leur mise aux enchères. Finalement, les fermiers ont compris l’effet pratique, sinon l’intention spécifique, de la taxe : la confiscation de leurs biens et leur transfert aux riches, à qui le gouvernement devait sa dette et les intérêts. Le gouvernement était devenu une agence de recouvrement armée.

Au grand désarroi des anciens fiers patriotes anti-impôts, les fermiers se sont mis aussi à se rebeller. Les rebelles Shaysites ont fermé de force les tribunaux fiscaux qui les condamnaient à la servitude. Les riches ont répondu en prêtant plus d’argent au gouvernement démuni (avec intérêt) afin qu’il puisse payer une milice suffisante pour s’opposer aux rebelles.

À ce stade, les rebelles anti-impôt ont abandonné les demandes de réforme pour une révolution radicale et, en un écho retentissant de la centenaire « Declaration of the People » de Nathaniel Bacon, ont promis de marcher sur Boston et de raser la ville. Ce n’était pas du vandalisme à la Tea Party, géré par des Bostoniens aisés comme Samuel Adams. C’était la révolution agraire, populaire et explosive, du siècle à venir.

La classe marchande urbaine et possédant les obligations, de Boston et d’ailleurs, commença à paniquer. Et personne ne panique plus qu’un spéculateur sur les obligations qui comprend intimement que les rebelles sont en train de menacer leur « vertueuse liberté » républicaine de tirer profit des autres. L’historien Woody Holton expose l’étonnante insensibilité de l’un des principaux détenteurs d’obligations américain dans son écrit nationalement applaudi « Unruly Americans and the Origin of the Constitution »(Les Américains indisciplinés et l’origine de la Constitution) :

« En tant que détenteur d’obligations, Abigail Adams profiterait énormément si ses compatriotes du Massachusetts (payaient la taxe) prélevée par la législature en mars 1786, mais elle considérait que s’y conformer était un devoir sacré. Si les contribuables du Massachusetts avaient ‘plus de difficultés à payer les charges publiques qu’autrefois, a-t-elle écrit, ils devraient considérer cela comme étant le prix de leur liberté’. »

Cette future Première Dame, Abigail Adams, n’était pas seule à penser que la liberté venait avec des dividendes payables sur son compte. L’historien David Szatmary nous rappelle dans son « Shays Rebellion ; the Makings of an Agrarian Insurrection » que l’ancienne direction patriote, en particulier les membres de la classe marchande, a été parmi les premiers à défendre l’utilisation de la violence contre cette rébellion démocratique.

On lit dans un texte publié à l’époque : « Lorsque nous avions d’autres dirigeants, les comités et les conventions du peuple étaient licites, ils étaient alors nécessaires. Mais depuis que je suis devenu moi-même souverain, ils cessent d’être licites, les gens n’ont aucun droit d’examiner ma conduite. »

Le patriote et spéculateur en obligations Samuel Adams – ancien maitre d’œuvre du Boston Tea Party et propagandiste contre les injustes impôts britanniques (ainsi que le cousin du mari d’Abigail, John Adams) – ont parrainé une loi du Massachusetts qui autorisait les shérifs à tuer les manifestants anti impôts.

Un autre riche titulaire d’obligations, un ex-guerrier de la révolution, le général Henry Knox (l’homonyme de Fort Knox, le fameux dépôt de lingots d’or) a écrit une lettre d’alarme à son ancien commandant, George Washington, accusant les rebelles Shays d’être des « levelers » (ce qui était le terme, alors existant, le plus proche de communistes). Il a informé Washington que le pays avait besoin d’un gouvernement beaucoup plus fort (et militaire) pour empêcher tout défi grave à l’élite. Son message n’a pas été boudé par le général Washington, le propriétaire d’esclaves le plus riche d’Amérique.

En fin de compte, le Congrès, en vertu des articles de la Confédération, ne pouvait pas utiliser l’argent des États pour fournir une armée, mais la milice à but lucratif, à financement privé, a vaincu avec succès les rebelles Shays. Mais la peur, quasi hystérique, d’une révolution économique démocratique avait été instillée dans l’esprit des maîtres. La Révolte de Shays s’est révélée être la dernière goutte pour les spéculateurs en obligations dont les profits pouvaient être compromis par la démocratie.

Pire encore, les gouvernements de nombreux autres États commençaient à plier sous la forte pression démocratique des débiteurs rebelles. Certains États ont même pensé à des lois qui empêcheraient la saisie de biens pour dette ; D’autres à créer du papier-monnaie afin de briser le monopole de l’or et de l’argent. Rhode Island a non seulement voté pour un système de monnaie, mais a aussi menacé de socialiser toutes les entreprises commerciales de l’État.

En réponse à la menace du populisme, l’élite « vertueuse » a réagi de manière décisive – pas pour remédier au sort des débiteurs, bien sûr – mais pour en tirer profit. En conséquence, en 1786, cinq États ont envoyé des délégués pour se réunir à Annapolis, dans le Maryland, alors que la révolte de Shays tournait à la révolution. Cette minorité non élue a demandé au Congrès d’autoriser qu’une convention se tienne à Philadelphie l’année suivante « dans la seule et urgente intention de réviser des articles de loi de la Confédération ». Les articles ne seront jamais « révisés ». Ils seront tout simplement retirés par l’État profond.

L’État profond conspire

Grâce au livre de Charles A. Beard, « An Economic Interpretation of the Constitution of the United States », nous en savons beaucoup sur le statut des 55 hommes qui ont conspiré pour rédiger la Constitution. Mais la première chose que nous devons savoir, c’est qu’ils n’étaient pas autorisés par « Nous le peuple » simplement parce que personne n’avait voté pour eux ; Tous étaient des suppléants politiques.

Ce n’était même pas un échantillon représentatif du peuple. Aucune personne dans la salle de la Convention ne « travaillait pour gagner sa vie », pas de femme, ni de personne de couleur. Un seul prétendait être un « fermier », l’occupation d’environ 90% de la population de l’époque. La plupart étaient des avocats. Vous imaginez.

Si ces délégués représentaient quelqu’un, c’était l’élite économique : 80% étaient des détenteurs d’obligations ; 44 % des prêteurs d’argent ; 27% des propriétaires d’esclaves ; et 25 % des spéculateurs immobiliers. Sur le plan démographique, les 39 qui ont finalement signé le projet final de Constitution constituaient 0,001% de la population américaine déclarée au recensement de 1790. George Washington, qui la présidait, était probablement l’homme le plus riche du pays. Tous des joueurs de l’État profond.

Et les enjeux étaient élevés. Rappelons que la valeur nominale des obligations d’État en vigueur en 1787 était de 60 millions de dollars, ce qui équivalait à 10 % de la valeur totale des terres du pays. Mais ces obligations, pour la plupart, avaient été obtenues par les spéculateurs à une fraction de leur valeur nominale. Beard a estimé très prudemment que le profit des spéculateurs – si l’obligation était rachetée à sa valeur nominale – aurait été d’environ 40 millions de dollars. Exprimé en proportion de la valeur totale des terres au moment des Fondateurs, le bénéfice estimé des emprunts d’État détenus serait égal à au moins 3 mille milliards de dollars d’aujourd’hui. Sans impôts.

Nous ne savons toujours pas tout ce qui s’est passé à la convention. Personne n’a été chargé de garder un compte rendu de ce qui a été discuté. Selon les informations, même les fenêtres de la salle de réunion ont été clouées pour empêcher les écoutes – bien qu’il y ait eu des « fuites ». En raison de son secret et de sa nature non autorisée, certains historiens ont appelé cette convention « la deuxième Révolution américaine ». Mais les révolutions sont des évènements publics, extrêmement participatifs. C’était plutôt un coup d’État perpétré à l’abri de portes verrouillées.

La plupart des délégués ont vraisemblablement compris que le but non divulgué de cette convention était de jeter l’ensemble du système confédéré (qui avait coûté 25 000 vies américaines à sécuriser) à la poubelle. Ils n’avaient manifestement pas l’intention d’obéir à leurs instructions « de simplement réviser » certains articles puisqu’un certain nombre d’entre eux se sont présentés à la convention avec des projets déjà en main pour une nouvelle Constitution.

Le but ultime des conspirateurs était de remplacer la Confédération par ce qu’ils ont ensuite évoqué comme « une union plus parfaite » – conçue dès le départ pour protéger leurs intérêts de classe et pour s’assurer que le nouveau gouvernement possédait tout le pouvoir nécessaire pour perpétuer l’oligarchie existante.

À la Convention, Alexander Hamilton a capté le sentiment dominant : « Toutes les communautés se divisent entre quelques-uns d’un côté et la masse de l’autre. Les premiers sont les riches et les biens nés ; les autres, la masse des gens […] turbulente et changeante, qui juge ou analyse rarement bien. Il faut donc donner à la haute classe une part distincte et permanente dans le gouvernement. […] Seul un corps permanent peut compenser l’imprudence de la démocratie. »

Hamilton a en outre proposé que le Président et le Sénat soient nommés (non élus) à vie. Sa vision n’était qu’une sorte de monarchie. Bien qu’il ne soit pas un délégué à la Convention, John Jay, l’allié politique de Hamilton, propriétaire d’esclaves et premier juge à la Cour suprême, a annoncé l’objectif du « républicanisme » avec une franchise brutale : « Les gens qui possèdent le pays doivent le gouverner. »

Les Fondateurs n’avaient jamais envisagé de « gouvernement limité », à moins que ce soit dans le sens où le pouvoir du gouvernement soit limité à leur propre classe économique. [Voir Consortiumnews.com The Right’s Made-up Constitution].

Dans son livre intitulé « Towards an American Revolution : Exposing the Constitution & Other Illusions », l’historien Jerry Fresia résume succinctement le point de vues des Fondateurs : « La vision des Fondateurs, même celle de Franklin et Jefferson qui craignaient moins la politique des gens ordinaires que la plupart, était celle d’un État central fort, une nation dont le commerce s’étendrait de par le monde. En un mot, la vision était celle d’un empire où les propriétaires terriens se gouverneraient eux-mêmes. »

Un gouvernement par, et pour le peuple devait rester définitivement hors de question. L’État profond devait se gouverner lui-même. « Nous, le peuple », une phrase hypocritement lancée par l’ultra-aristocrate Gouverneur Morris, digne d’un canular orwellien.

La tâche délicate des délégués soigneusement sélectionnés était de produire un nouveau système de gouvernement radical qui ressemblerait superficiellement à une république démocratique, mais qui fonctionnerait comme une oligarchie.

L’excellent livre « Founding Finance » de William Hogeland, raconte la véhémence antidémocratique exprimée à la Convention : Le premier jour de cette réunion qui deviendra connue sous le nom de Convention constitutionnelle des États-Unis, Edmund Randolph, de Virginie, a entamé la procédure […] « Notre principal danger, a déclaré Randolph, vient des chapitres démocratiques de notre constitution. […] Aucune de nos constitutions – il veut dire celles des différents États – n’a fourni de contrôles suffisants face à la démocratie. »

Pas étonnant qu’ils se soient réunis en secret. Il n’est pas surprenant non plus que le mot « démocratie » n’apparaisse pas une seule fois dans l’intégralité de la Constitution des États-Unis ou l’une de ses modifications, y compris le Bill of Rights. En conséquence, la Constitution ne se réfère jamais non plus au vote populaire et n’a pas garanti le droit de vote jusqu’à l’adoption du 15e amendement en 1870, plus de 80 ans après la ratification. Le Préambule mis à part, les Fondateurs n’ont utilisé l’expression « le Peuple » qu’une seule fois (dans l’article premier, section 2).

Il a été suggéré que le mot « démocratie » pouvait avoir une signification différente de ce qu’elle est maintenant. Ce n’est pas le cas. Pour les délégués de la Convention le mot « démocratie » signifiait la même chose qu’aujourd’hui : « gouverné par le peuple ». C’est pourquoi ils détestaient ce concept. Les délégués se considéraient comme les patriarches du « républicanisme », l’idéologie qui a rejeté la participation au gouvernement par des gens comme les femmes, les serviteurs, les locataires, les esclaves et toutes classes inférieures non propriétaires. Sans aucun doute, les délégués étaient en désaccord sur de nombreuses choses, mais la « peur et le dégoût » de la démocratie les réunissait. À l’époque comme maintenant.

Les objectifs spécifiques de l’État profond

Intégré dans l’agenda largement antidémocratique des Fondateurs, on discerne quatre objectifs spécifiques. Il ne s’agissait pas d’une liste d’éléments annoncés à l’avance, mais ils ont été obtenus par consensus de groupe et reconnus comme étant les exigences minimales nécessaires pour atteindre l’objectif ultime de l’État profond.

Pour camoufler le nationalisme oligarchique flagrant que ces mesures visaient, les Fondateurs se sont hypocritement qualifiés de « fédéralistes ». Mais aucune de ces mesures ne concernait une « fédération » d’États souverains ; prises ensemble, elles étaient destinés à démolir la confédération existante « perpétuelle », pas à en recréer une plus efficace.

Un gouvernement national avec une participation citoyenne limitée. De toutes les mesures nécessaires pour parvenir à une oligarchie nationale, c’était la plus redoutable. Elle a été réalisée grâce à un large éventail de décisions.

Le Collège électoral. Le président et le vice-président ne sont pas élus par un vote populaire, mais par des Grands électeurs, à l’époque comme maintenant. Par exemple, lorsque George Washington a été élu président, la population américaine était de 3,9 millions. Combien de ces personnes ont pu voter pour George ? Exactement 69 personnes – c’était le nombre total de grands électeurs votant à l’époque. (Art. I, section 3)

Un Congrès Bicaméral. Le congrès est bicaméral, composé de deux « chambres » – la Chambre des représentants et le Sénat. En vertu de la Constitution originelle, les députés de la Chambre représentent les personnes qui votent pour eux, alors que le Sénat représente les États et non les personnes, et n’est donc pas un organe démocratique. On s’attend généralement à ce que le Sénat « vérifie » le vote démocratique de la Chambre des représentants. En effet, c’est l’unique objectif du bicaméralisme partout où il existe. (Article premier, articles 1 et 2).

Nomination des sénateurs par l’État. Les sénateurs étaient, à l’origine, nommés par les législatures des États (jusqu’au 17e amendement en 1913). On s’attendait à ce que le Sénat fonctionne au Congrès comme la Chambre des Lords fonctionnait au Parlement anglais : la voix de l’aristocratie. Bien que les sénateurs soient maintenant élus par le peuple, il est toujours difficile de défier un titulaire en raison du coût de campagne prohibitif  à l’échelle d’un État. (Art. I, section 3)

Nomination de la magistrature. Tous les juges fédéraux sont nommés à perpétuité par le président et confirmés par le Sénat (à l’origine antidémocratique). (Article III, section 1).

Pauvreté de représentation. La mesure la plus antidémocratique de toutes était l’extrême faiblesse du nombre total de représentants à la Chambre. À l’origine, la Chambre était composée de seulement 65 membres, soit un membre pour 60 000 personnes. Aujourd’hui, il y a 435 membres, représentant chacun environ 700 000 personnes. Ainsi, la représentation actuelle du public à la Chambre est 12 fois moins démocratique que lorsque la Constitution a été écrite – alors qu’elle était déjà plutôt médiocre.

Comparez : la veille de la ratification de cette Constitution, les peuples des 13 États Unis étaient représentés par environ 2 000 représentants, démocratiquement élus, dans leurs différentes législatures d’État (rapport de 1 :  1950). Le lendemain de la ratification, le même nombre de personnes étaient représenté par seulement 65 représentants au gouvernement national (1 : 60 000). En termes quantitatifs, cela représente une réduction de plus de 3 000 % de la représentation démocratique pour le peuple américain. (Art. I, section 2).

Absence de districts au Congrès. Bien que les députés de la Chambre soient maintenant élus par des circonscriptions de population égale, les districts ont été créés par le Congrès et non par la Constitution. Jusqu’aux années 1960, certains membres de la Chambre ont été élus hors district (comme les sénateurs). Cela favorisait les candidats les plus riches et les plus connus. (Non mentionné dans la Constitution).

Absence de possibilités d’appels, d’initiatives et de référendum. La Constitution ne permet pas aux gens de voter pour destituer un membre du Congrès, de faire des propositions de vote au Congrès (proposer une initiative) ou de voter directement, par référendum, sur n’importe quel problème (démocratie directe). (Non mentionné dans la Constitution).

Absence de processus d’amendement indépendant. L’une des raisons pour lesquelles les Américains ont maintenant des politiciens professionnels est que la Constitution ne permet pas aux « individus » de la modifier sans la coopération requise d’un membre du Congrès en place. Lors de la convention constitutionnelle, Edmund Randolph, de Virginie a (étonnamment) proposé que les gens aient le moyen de modifier la Constitution sans la participation du Congrès. Cette excellente idée, cependant, n’a pas été adoptée. (Article V).

L’Autorité au niveau national d’imposer directement les citoyens. (Article 1, article 8, 16eamendement).

La monopolisation nationale du pouvoir militaire. (Art. I, Sec. 8, articles 12, 13, 14, 15, 16).

Interdiction aux États d’émettre du papier-monnaie ou d’alléger les créances d’un débiteur. (Art. I, Sec. 10, article 1, section 8, article 4).

Toutes ces dispositions étaient complètement nouvelles pour les Américains. Pendant 150 ans ou plus, la participation des citoyens au gouvernement, aux milices indépendantes et à la délivrance de papier-monnaie avait été la prérogative des diverses colonies / États indépendants, et ils résistaient tous de manière vigoureuse contre la taxation directe par l’Angleterre. Lorsque la Couronne britannique avait menacé de réprimer les prérogatives coloniales, les mêmes hommes qui conspirent maintenant pour le pouvoir sur la nation ont alimenté la rébellion armée. L’hypocrisie était étonnante. Et la population le voyait bien.

Le consentement de la minorité

L’un de ceux qui a pris des notes, Robert Yates, un délégué de New York à la Convention, est sorti en signe de protestation. Peu de temps après, Yates (qui ne possédait aucun lien avec le gouvernement) a déclaré son objection à la nouvelle Constitution : « Ce gouvernement va acquérir un pouvoir absolu, incontrôlable, aux niveaux législatif, exécutif et judiciaire qui touchera tous les domaines auxquels il s’étend […] ».

« Le gouvernement, aussi loin qu’il s’étend, est total. […] Il a le pouvoir de faire des lois qui affecteront les vies, la liberté et la propriété de chaque homme aux États-Unis ; ni la constitution ni les lois d’aucun État ne peuvent empêcher ou entraver l’exécution totale et complète de tous ces pouvoirs donnés. »

Cette photographie montre les cicatrices laissées par les coups de fouet sur le dos de cet esclave afro-américain.

Au moins la moitié de la population américaine (appelée collectivement « anti-fédéraliste ») pensait que la Constitution était une très mauvaise idée. Bien sûr, les anti-fédéralistes actifs comme Yates n’étaient pas des fermiers surtaxés, et leurs objections reposaient souvent sur la défense des droits des États et non sur les droits économiques de la population. Cependant, la plupart des anti-fédéralistes semblaient alarmés que la Constitution n’affiche aucune garantie des droits politiques fondamentaux auxquels ils avaient accès sous l’Empire britannique, tels que la liberté d’expression ou un procès tenu par un jury populaire.

Le débat entre les partisans et les critiques de la Constitution a duré pendant un an où les journaux partisans publiaient des articles pour ou contre. Un recueil de 85 articles « pour » est connu maintenant sous le nom de « The Federalist Papers », articles écrits par Alexander Hamilton, James Madison et John Jay. Bien que ces articles aient été étudiés presque comme des reliques religieuses par les historiens, ils ne nous disent pas « ce que signifie vraiment la Constitution ».

La Constitution signifie ce qu’elle dit. Les Federalist Papers sont l’équivalent d’une brochure publicitaire écrit par des avocats qui tentent d’inciter les autres à « acheter » la Constitution. On peut en dire autant sur un recueil similaire d’Anti-federalist Papers d’où la citation de Yates, ci-dessus, a été tirée. En tout état de cause, il appartient aux tribunaux d’interpréter la Constitution, pas à des avocats intéressés.

En temps voulu, les anti-fédéralistes ont glissé leur pied collectif dans la porte. Il n’y aurait eu aucun espoir de ratification sans amendements garantissant des droits politiques fondamentaux – mais pas économiques. Bien que Hamilton ait soutenu qu’une garantie des droits serait « dangereuse », James Madison a convaincu les fédéralistes qu’accepter de garantir une future Bill of Rights serait beaucoup plus sûr que de trop s’ingérer dans le texte du document actuel, ce qui pourrait finir par révéler son agenda nationaliste fondamental et anti-démocratique. Et ainsi, un accord a pu être trouvé.

Malgré cela, la bataille pour la ratification de la Constitution n’a finalement pas été menée par le peuple du pays. Bien que les gens des nombreux États n’aient pas voté pour autoriser la tenue de la Convention, ou le document qui en est sorti, les Fondateurs ont été incroyablement arrogants, voire même sournois. Non seulement ils ont présenté ce document non autorisé aux États comme à prendre ou à laisser (aucune modification permise), mais le document lui-même exigeait que seule une « convention » spéciale puisse le ratifier, et non pas un vote populaire majoritaire.

La ratification par une convention signifiait que les gens voteraient pour les délégués à la convention, qui eux voteraient pour la ratification. Cela équivaut à transformer la ratification en un concours de popularité entre les délégués à la convention, plutôt qu’un vote démocratique direct sur le document lui-même. En outre, la ratification par convention présente la possibilité qu’une minorité de personnes dans un état (ceux en faveur de la Constitution) puisse « bourrer » la convention de délégués qui approuveraient un document établissant un gouvernement pour tous.

Les manipulations électorales n’étaient pas qu’une vision de l’esprit. À Philadelphie, par exemple, une foule a enlevé des législateurs élus qui boycottaient un vote de la convention, les a trainé physiquement jusqu’au parlement et les a ligotés à leurs chaises afin de forcer un vote de la convention. D’autres méthodes de manipulation plus subtiles ont eu lieu ailleurs, notamment la privation du droit de vote de certains électeurs par des combines sur le droit de propriété.

Il y a plus d’une centaine d’années, Charles A. Beard a terminé son étude exhaustive sur la Constitution et a confirmé qu’elle a probablement été ratifiée par la majorité… d’une minorité de personnes.

L’une des conclusions de Beard dit :

« La Constitution a été ratifiée par le vote de probablement un sixième des hommes adultes […] Les dirigeants qui ont soutenu la Constitution dans les conventions de ratification représentaient les mêmes groupes économiques que les membres de la Convention de Philadelphie […] La Constitution n’a pas été créée par ‘l’ensemble du peuple’ comme l’ont dit les juristes [juges] ; ni même créée par ‘les États’, comme l’ont longtemps prétendu les séparatistes Sudistes ; ce fut le travail d’un groupe bien solidaire dont les intérêts ne connaissaient aucune frontière d’État et qui étaient vraiment nationaux dans leur champ d’application. »

L’État profond, en d’autres termes. Il était bien sûr approprié qu’un document dont le but principal était de casser un régime démocratique soit mis en vigueur sans un vote populaire majoritaire.

En 1788, neuf des 13 États de la convention ont ratifié la Constitution (comme spécifié dans l’article VII de la Constitution) et le document est devenu la loi suprême du pays pour ces neuf États. En 1789, même le bastion démocratique du Rhode Island a fini par suivre l’exemple. Et, depuis, les écoliers américains sont amenés à croire que la Constitution est un document sacré, inspiré et ordonné par la bienveillance publique des Pères fondateurs.

Mais cela avait été prédit. C’était une pénible évidence pour Jean-Jacques Rousseau, philosophe politique genevois du XVIIIe siècle, le fait que le gouvernement constitutionnel était une invention de l’État profond, son bénéficiaire désigné.

Débordant de sarcasmes, son virtuose « Discours sur l’origine de l’inégalité » explique :

« [l’homme riche] a finalement conçu le projet le plus profond qui ait pénétré l’esprit humain : il s’agit d’employer en sa faveur les forces mêmes qui l’ont attaqué, de faire des alliés de ses ennemis […]

En un mot, au lieu de retourner nos forces contre nous-mêmes, rassemblons-les en une puissance souveraine, qui peut nous gouverner par des lois sages, protéger et défendre tous les membres de l’association, repousser les ennemis communs et maintenir une concorde perpétuelle et l’harmonie parmi nous. »

Rousseau a écrit ces mots en 1754, 33 ans avant que Gouverneur Morris ne supervise la rédaction du même argument de vente que constitue le Préambule à la Constitution des États-Unis : « Nous, le peuple des États-Unis, afin de former une Union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité domestique, prévoir la défense commune, promouvoir le bien-être général et sécuriser les Bénédictions de la Liberté dont nous bénéficions et pour notre postérité, ordonnons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d’Amérique. »

Rousseau conclut : « Tous ont offert leur cou au joug dans l’espoir de garantir leur liberté. Car, bien qu’ils aient eu le bon sens de percevoir les avantages d’une constitution politique, ils n’avaient pas l’expérience pour anticiper les dangers. Ceux qui parmi eux étaient les mieux qualifiés pour prévoir les abus, étaient précisément ceux qui s’attendaient à en bénéficier […]. »

L’État profond pose-t-il aujourd’hui une menace existentielle à la démocratie américaine ? Réalisez, les gars – rien de nouveau sous le soleil.

Jada Thacker est l’auteur de « Dissecting American History : A Theme-Based Narrative ». Il enseigne l’histoire et la politique dans une grande école du Texas

Traduit par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone.



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A propos du financement de la création de l’Europe par la CIA, Historia censure Historia

par doctorix 
lundi 20 mars 2017
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-propos-du-financement-de-la-190880

La réécriture de l'Histoire est à la mode. Je pense que cette auto-censure va faire plus de mal que de bien aux négationnistes de l'origine de l'Europe. Comme dans beaucoup de sujets, nier avec trop de véhémence équivaut à un aveu. Et je ne suis pas mécontent qu'on mette enfin le sujet sur la table. Les Fahrenheit 451 n'ont jamais empêché les livres de circuler sous le boisseau, et bientôt, on nous dira que pffff.... tout le monde le savait, et que cela va sans dire.

Mais tout de même, ça va mieux en le disant tout de suite.


Le ministère de la vérité

- George Orwell - 1984


Par une mise en demeure du 17 mars 2017, l’avocat de Sophia Publications, la société éditrice du magazine Historia, a exigé que nous retirions du site Internet de l’UPR la reproduction de l’article « Quand la CIA finançait la construction européenne » de Rémi Kauffer, figurant dans le numéro 675 (mars 2003), que François Asselineau a montré en direct dans le journal de 20h de TF1 du 13 mars. La loi nous oblige à obtempérer.

Nous signalons que ce texte était vieux de 14 ans (édition de mars 2003) et qu’il figurait depuis plusieurs années sur le site Internet d’Historia, auquel notre article renvoyait.

Nous signalons que ce dossier de Rémi Kauffer n’est plus disponible sur le site d’Historia et cela prétendument « pour des raisons techniques ». Le lien est ici : http://www.historia.fr/parution/mensuel-675 



== HISTORIA CENSURE HISTORIA == La direction du magazine Historia a retiré de son site en ligne le dossier CIA de mars 2003 qui y figurait pourtant depuis des années. Le motif invoqué pour cette soudaine censure est que ce dossier n’est plus disponible « pour des raisons techniques ». La présentation ce dossier encore en ligne continue cependant à préciser que « Entre 1949 et 1959, les États-Unis vont s’efforcer de contrer les Soviétiques en finançant largement la construction européenne »…

 Nous signalons que notre article qui en assurait la promotion et la reproduction figurait sur notre site upr.fr depuis le 13 mars 2014, il y a donc plus de 2 ans.

Si l’avocat de la société éditrice du magazine Historia nous demande soudain de le supprimer après tant d’années de mise en ligne, c’est parce que François Asselineau, alors que démarre la campagne pour l’élection présidentielle, a commencé à faire naître un débat aussi salutaire que nécessaire sur le rôle de la communauté du renseignement américain dans la construction européenne et sur la proximité de certains « pères fondateurs » avec l’administration américaine.

Il mérite d’être précisé ici qu’un « agent de la CIA » n’est pas la même chose qu’un « employé de la CIA » ; certains journalistes ne semblent pas conscients de cette différence.

Dans un éditorial, la rédaction d’Historia a tenu à se désolidariser de façon alambiquée du contenu même du texte de Rémi Kauffer (sans même citer le nom du journaliste).

Nous exprimons notre impatience à connaître sa réaction face à l’article – basé sur des archives déclassifiées – d’Ambrose Evans-Pritchard « Des fédéralistes européens financés par des chefs de l’espionnage américain » (Daily Telegraph, 19 septembre 2000).

Nous continuerons à informer les Français sur ce sujet important, qui permet de comprendre les origines et objectifs de la construction européenne. Nous allons d’ailleurs prochainement publier de nouvelles sources.

Pour finir, il est utile de préciser que le propriétaire de la société Sophia Publications (et donc d’Historia) est, depuis juin 2016, l’industriel et homme de presse Claude Perdriel, soutien officiel de la candidature d’Emmanuel Macron.

(Fawkes : Oser y voir de la malveillance ? Oh le complotiste ! ;)

Bureau National de l’UPR
18 mars 2017

Source : UPR

L'intervenant "Agent Ananas" avait sauvegardé le texte-à-censurer, et nous l'a fait parvenir par morceaux :

N’étant pas personnellement mis en demeure, je me permets à titre personnel de reproduire le texte incriminé que j’avais sauvegardé l’an dernier. A titre d’information, je ne suis pas adhérent de l’UPR (ni d’aucun parti). Mon geste étant avant tout mon grain de sable contre la censure.
Voici la copie de cette excellente enquête de Rémi Kauffer que l’on veut vous cacher. (faites une copie avant qu’elle disparaisse)

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Quand la CIA finançait la construction européenne.

De 1949 à 1959, en pleine guerre froide, les Américains, par l’intermédiaire de leurs services secrets et du Comité pour l’Europe unie, versent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à tous les mouvements pro-européens, parmi lesquels ceux du Britannique Winston Churchill ou du Français Henri Frenay. Leur but, contenir la poussée soviétique…

A 82 ans, Henri Frenay, le pionnier de la Résistance intérieure, fondateur du mouvement Combat, arbore une forme intellectuelle éblouissante malgré sa surdité de l’oreille droite et sa récente opération de l’estomac. Pourtant, il n’a plus que trois mois à vivre. En ces jours de mai 1988, il me parle de l’Europe dans son appartement de Boulogne-sur-Seine. De cette Europe fédérale dont il a révé en vain entre 1948-1954. De la dette aussi que, en cas de succès, le Vieux Continent aurait contracté envers les Américains, ceux notamment du ” Comité “. Et d’insister une fois, deux fois, dix fois, tandis que moi, je m’interroge : pourquoi diable ce mystérieux ” Comité ” revient-il à une telle fréquence dans nos conversations ? Pourquoi ? Mais parce que Frenay me confie, avec il est vrai d’infinies précautions de langage, son ultime secret : l’aide financière occulte de la CIA via l’American Committee for United Europe – le Comité – à l’Union européenne des fédéralistes dont il a été le président. Pour reconstituer cette filière inédite, il me faudra une quinzaine d’années. Un jeu qui en valait la chandelle puisqu’il me permet d’ouvrir, pour les lecteurs d’ Historia, la porte d’un des compartiments les plus secrets de la guerre froide…

Tout commence à l’automne 1948. Déjà coupée en deux, l’Europe vit sous la menace d’une invasion totale par l’armée rouge. Au ” coup de Prague ” en février, vient de succéder en juin le blocus de Berlin. Un petit cénacle de personnalités de l’ombre jette alors les bases de l’American Committee for United Europe, l’ACUE – son existence sera officialisée le 5 janvier 1949 à la maison de la Fondation Woodrow-Wilson de New York. Politiques, juristes, banquiers, syndicalistes vont se méler au sein de son conseil de direction. De hautes figures gouvernementales aussi comme Robert Paterson, le secrétaire à la Guerre ; James Webb, le directeur du budget ; Paul Hoffman, le chef de l’administration du plan Marshall ; ou Lucius Clay, le ” proconsul ” de la zone d’occupation américaine en Allemagne.

Bien tranquilles, ces Américains-là ? Non, car la véritable ossature de l’ACUE est constituée d’hommes des services secrets. Prenez son président, William Donovan. Né en 1883 à Buffalo, cet avocat irlando-américain au physique de bouledogue, surnommé ” Wild Bill ” par ses amis, connaît bien l’Europe. En 1915, il y remplissait déjà une mission humanitaire pour le compte de la Fondation Rockefeller. Deux ans plus tard, Donovan retrouvait le Vieux Continent pour y faire, cette fois, une Grande Guerre magnifique. Redevenu civil, ” Wild Bill ” va se muer en missus dominicus du gouvernement américain. Ses pas d’émissaire officieux le portent vers l’Europe pour des rencontres parfois imprévues. En janvier 1923, alors qu’ils goà »tent un repos bien mérité, sa femme Ruth et lui devront ainsi subir une soirée entière les vociférations d’un autre habitué de la pension Moritz de Berchtesgaden. Dix-sept ans plus tard, l’agité, un certain Adolf Hitler, s’est rendu maître de la partie continentale de l’Europe, et c’est ” Wild Bill ” que Franklin Roosevelt, inquiet, dépéche à Londres s’enquérir auprès de Winston Churchill du potentiel britannique face à l’avancée nazie.


En juin 1942, Donovan, homme de confiance du président démocrate pour les affaires spéciales, crée l’Office of Strategic Services (OSS), le service secret américain du temps de la Seconde Guerre mondiale dont il devient le chef et qu’il quittera à sa dissolution, en septembre 1945, sans perdre le contact avec l’univers du renseignement : ” Wild Bill ” tisse des liens privilégiés avec la Central Intelligence Agency, la CIA, créée officiellement le 15 septembre 1947 par une loi sur la sécurité nationale signée par le successeur de Roosevelt, Harry Truman.

Prenez le vice-président de l’ACUE Walter Bedell Smith, ancien chef d’état-major d’Eisenhower pendant la Seconde Guerre mondiale puis ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. A partir d’octobre 1950, celui que ses amis surnomment le ” Scarabée ” ( beetle en anglais) va prendre les commandes de la CIA. 1950, c’est justement l’année o๠des universitaires comme Frederick Burkhardt et surtout William Langer, historien à Harvard, lancent la section culturelle de l’ACUE. Ces deux proches de Donovan ont servi autrefois dans les rangs de l’OSS. Langer en a dirigé le service Recherche et Analyse et, excellent connaisseur de la politique française, a méme commis après-guerre un ouvrage savant qui s’efforçait de dédouaner Le Jeu américain à Vichy (Plon, 1948).

Prenez surtout Allen Dulles. A l’été 1948, c’est lui qui a ” inventé ” le Comité avec Duncan Sandys, le gendre de Churchill, et George Franklin, un diplomate américain. Principal associé du cabinet de juristes Sullivan & Cromwell, Dulles n’impressionne guère de prime abord avec ses fines lunettes, ses éternelles pipes de bruyère et ses vestes en tweed. Sauf qu’avec ce quinquagénaire, un maître espion entre dans la danse.

Retour à la case Seconde Guerre mondiale. Chef de l’OSS à Berne, Dulles noue en février 1943 des contacts avec la délégation de Combat en Suisse. Un temps, il assurera méme le financement du mouvement clandestin. ” Coup de poignard dans le dos du général de Gaulle “, s’insurge Jean Moulin au nom de la France libre. ” Survie de la Résistance intérieure menacée d’étranglement financier “, rétorque Frenay. Pensant d’abord à ses camarades dénués de moyens, aux maquisards en danger, il ne voit pas pourquoi Combat devrait se priver d’un argent allié versé, c’est convenu, sans contrepartie politique. Cette ” affaire suisse ” va empoisonner un peu plus encore ses rapports avec Moulin.

En 1946, Dulles démissionne des services secrets… pour en devenir aussitôt l’éminence grise, prenant une part prépondérante à la rédaction du texte de loi présidentiel sur la sécurité nationale. Cofondateur à ce titre de la CIA (pour les initiés : l’Agence ou mieux, la Compagnie), Dulles pense qu’en matière d’action clandestine, privé et public doivent conjuguer leurs forces. C’est lui qui a déjà inspiré, par l’intermédiaire de ses amis du Brook Club de New York, le versement des subsides de grosses sociétés américaines à la démocratie chrétienne italienne menacée par un parti communiste surpuissant. En 1950, il va reprendre officiellement du service comme bras droit du Scarabée d’abord, comme son successeur à la téte de la CIA ensuite – de février 1953 à septembre 1961. Record de longévité d’autant plus impressionnant que son frère aîné John Forster Dulles, restera, lui, ministre des Affaires étrangères de 1953 à sa mort de maladie en mai 1959.


Etonnant creuset que l’ACUE, o๠des personnalités de la haute société et/ou de la CIA côtoient les dirigeants de la puissante centrale syndicale American Federation of Labor, l’AFL, dont ils partagent l’aversion du communisme. Exemples : David Dubinsky, né en 1892 à Brest-Litovsk, en Russie, dirige le Syndicat international de la confection pour dames (ILGWU) : 45 000 adhérents à son arrivée en 1932, 200 000 à la fin des années 1940 ! Ennemi acharné des nazis hier (les syndicalistes proches de l’ACUE sont presque tous juifs), c’est aux commies , les ” cocos “, qu’il en veut dorénavant. Jay Lovestone aussi. Conseiller politique de l’AFL, ce Lituanien d’origine sait de quoi il parle : avant sa brutale exclusion puis sa lente rupture avec le marxisme, il fut, entre 1925 et 1929, le secrétaire général du PC américain ! Autre recrue de choix du Comité, Arthur Goldberg, le meilleur juriste de l’AFL. Futur secrétaire au Travail du président Kennedy puis juge à la Cour supréme, Goldberg, né en 1908, a dirigé l’aile syndicale de l’OSS. A ce titre, il fut en son temps le supérieur hiérarchique d’Irving Brown, son cadet de deux ans. Brown, représentant de l’AFL pour l’Europe et grand dispensateur de dollars aux syndicalistes modérés du Vieux Continent. Puisant dans les fonds secrets de la toute jeune CIA, laquelle finance depuis 1946 toutes les opérations anticommunistes de l’AFL, ce dur à cuire ne ménage pas, par exemple, son soutien à Force ouvrière, la centrale syndicale née fin 1947 de la scission de la CGT (lire ” Derrière Force ouvrière, Brown, l’ami américain ” dans Historia n° 621 de décembre 1997). Pure et dure, la ligne Brown contraste d’ailleurs avec celle, plus nuancée, de la CIA. A la Compagnie, on aurait préféré que les non-communistes restent dans le giron de la CGT, méme contrôlée par le PCF…

C’est qu’au-delà des hommes, il y a la stratégie d’ensemble. Face à l’Union soviétique, Washington développe deux concepts clés : le containment (l’endiguement) et plan Marshall. L’idée du containment , revient à un diplomate russophone, George Kennan, qui la développe dès juillet 1947 dans un article de la revue Foreign Affairs : ” L’élément majeur de la politique des Etats-Unis en direction de l’Union soviétique doit étre celui d’un endiguement à long terme, patient mais ferme, des tendances expansionnistes russes. “

Le plan Marshall, lui, porte la marque de son inventeur le général George Marshall, chef d’état-major de l’US Army pendant la guerre, et désormais ministre des Affaires étrangères du président Truman. En apportant une aide massive aux pays d’Europe ruinés, les Etats-Unis doivent, selon lui, faire coup double : un, couper l’herbe sous le pied des partis communistes par une hausse rapide du niveau de vie dans les pays concernés ; deux, empécher leur propre industrie de sombrer dans la dépression en lui ouvrant de nouveaux marchés.

Pour le tandem Marshall-Kennan, pas de meilleur outil que la CIA (lire l’interview d’Alexis Debat, page 51). Et c’est naturellement un autre ancien de l’OSS, Franck Wisner Jr, qu’on charge de mettre sur pied un département autonome spécialisé dans la guerre psychologique, intellectuelle et idéologique, l’Office of Policy Coordination ! Si ce bon vieux ” Wiz ” ne fait pas partie du Comité, ses hommes vont lui fournir toute la logistique nécessaire. Mais chut ! c’est top secret…

L’ACUE allie sans complexe une certaine forme de messianisme américain avec le souci de la défense bien comprise des intéréts des Etats-Unis. Messianique, cette volonté bien ancrée de mettre le Vieux Continent à l’école du Nouveau Monde. Phare de la liberté menacée, l’Amérique a trouvé, la première, la voie d’une fédération d’Etats, succès si resplendissant que l’Europe n’a plus qu’à l’imiter… Cet européanisme made in Washington comporte sa part de sincérité : ” Ils m’appellent le père du renseignement centralisé, mais je préférerais qu’on se souvienne de moi à cause de ma contribution à l’unification de l’Europe “, soupire ainsi Donovan en octobre 1952.


De sa part de calcul aussi. Car en décembre 1956, trois mois avant sa mort, le méme Donovan présentera l’Europe unie comme ” un rempart contre les menées agressives du monde communiste “. En d’autres termes, un atout supplémentaire de la stratégie américaine conçue par Marshall, Kennan et leurs successeurs : construire l’Europe, c’est remplir un vide continental qui ne profite qu’à Staline, donc, en dernier ressort, protéger les Etats-Unis.

Ajoutons une troisième dimension. Dans l’esprit des hommes de la Compagnie, rien de plus noble qu’une action clandestine au service de la liberté. Tout officier de la CIA le sait : les Etats-Unis sont nés pour une bonne part du soutien des agents de Louis XVI, Beaumarchais en téte, aux insurgés nord-américains. Ainsi l’opération American Committee, la plus importante, et de loin menée, par l’Agence en Europe pendant la guerre froide, se trouve-t-elle justifiée par l’Histoire.

Pour chaleureuse qu’elle soit, l’amitié franco-américaine ne saurait toutefois distendre le ” lien spécial ” entre Grande-Bretagne et Etats-Unis. En foi de quoi, Comité et Compagnie tournent d’abord leur regard vers Londres. Hélas ! Churchill, battu aux législatives de 1945, ronge ses griffes dans l’opposition. Le nouveau secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Ernest Bevin, a bien proclamé le 2 janvier 1948 aux Communes : ” Les nations libres d’Europe doivent maintenant se réunir. ” N’empéche que ses collègues du cabinet travailliste et lui repoussent avec horreur la perspective d’une véritable intégration continentale. Non pas que Bevin craigne de s’affronter aux communistes : deux jours après son discours de janvier, il créait un organisme clandestin de guerre idéologique, l’Information Research Department. Ce méme IRD qui, jugeant La Ferme des animaux et 1984 plus efficaces que mille brochures de propagande, va contribuer à diffuser partout dans le monde les oeuvres de George Orwell. Mais la carte Europe unie, alors là , non !

Cette carte, Churchill la joue-t-il de son côté par conviction profonde ou par aversion pour ses rivaux politiques de gauche ? Le fait est que le 19 septembre 1946 à Zurich, le Vieux Lion appelle à un axe anglo-franco-allemand, élément majeur selon lui d’une ” espèce d’Etats unis d’Europe “. Qu’en mai 1948, Duncan Sandys, taille aux mesures de son homme d’Etat de beau-père le Congrès européaniste de La Haye. Qu’en octobre 1948, Churchill crée l’United European Movement – le Mouvement européen. Qu’il en devient président d’honneur aux côtés de deux démocrates-chrétiens, l’Italien Alcide De Gasperi et l’Allemand Konrad Adenauer, et de deux socialistes, le Français Léon Blum et le Belge Paul-Henri Spaak. Malheureusement pour les ” amis américains “, cette tendance ” unioniste ” ne propose, à l’exception notable de Spaak, que des objectifs européens limités. Reconstruction économique et politique sur une base démocratique, d’accord, mais sans transfert, méme partiel, de souveraineté.

Le Comité et la tendance ” fédéraliste “, dont Henri Frenay émerge comme la figure emblématique, veulent, eux, aller beaucoup plus loin. Aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale, Frenay, patriote mondialiste, a conçu l’idée d’un Vieux Continent unifié sur une base supranationale. En novembre 1942, révélera quarante ans plus tard Robert Belot dans le remarquable travail sur Frenay qui vient de lui valoir l’habilitation à diriger des recherches à l’Université, le chef de Combat écrivait au général de Gaulle qu’il faudrait dépasser l’idée d’Etat-Nation, se réconcilier avec l’Allemagne après-guerre et construire une Europe fédérale. Logique avec lui-méme, Frenay se jette dès 1946 dans cette croisade européaniste aux côtés d’Alexandre Marc. Né Lipiansky à Odessa en 1904, ce théoricien du fédéralisme a croisé la trajectoire de Frenay à Lyon en 1941, puis après-guerre. A rebours de l’européanisme de droite inspiré des thèses monarchistes maurrassiennes ou du catholicisme social, les deux amis s’efforcent de gauchir le fédéralisme français alors fort de ” plusieurs dizaines de milliers d’adhérents “, ainsi que me l’assurera l’ancien chef de Combat en 1988.

Orientée à gauche, l’Union européenne des fédéralistes, l’UEF, est créée fin 1946. Elle va tenir son propre congrès à Rome en septembre 1948. Frenay en devient le président du bureau exécutif, flanqué de l’ex-communiste italien Altiero Spinelli, prisonnier de Mussolini entre 1927 et 1937 puis assigné à résidence, et de l’Autrichien Eugen Kogon, victime, lui, du système concentrationnaire nazi qu’il décortiquera dans L’Etat SS (Le Seuil, rééd. 1993). A ces trois dirigeants d’atténuer le profond malaise né de la participation de nombreux membres de l’UEF au congrès de La Haye, o๠Churchill et son gendre Sandys les ont littéralement roulés dans leur farine ” unioniste “.


Faut-il choisir entre le Vieux Lion et le pionnier de la Résistance intérieure française à l’internationalisme si radical ? Perplexité au Comité, donc à la CIA. Pour Churchill, sa stature d’homme d’Etat, d’allié de la guerre, sa préférence affichée pour le ” grand large “, les Etats-Unis ; contre, son refus acharné du modèle fédéraliste si cher aux européanistes américains et bientôt, ses violentes querelles avec le très atlantiste Spaak. En mars 1949, Churchill rencontre Donovan à Washington. En juin, il lui écrit pour solliciter le versement de fonds d’urgence (très riche à titre personnel, l’ancien Premier ministre britannique n’entend pas puiser dans sa propre bourse). Quelques jours plus tard, Sandys appuie par courrier la demande de son beau-père : de l’argent, vite, sinon le Mouvement européen de Churchill s’effondre. Comité et CIA, la principale bailleuse de fonds, débloquent alors une première tranche équivalant à un peu moins de 2 millions de nos euros. Elle permettra de ” préparer ” les premières réunions du Conseil de l’Europe de Strasbourg, qui associe une assemblée consultative sans pouvoir réel à un comité des ministres statuant, lui, à l’unanimité.

Pour soutenir leurs partenaires du Vieux Continent, ACUE et CIA montent dès lors des circuits financiers complexes. Les dollars de l’oncle Sam – l’équivalent de 5 millions d’euros entre 1949 et 1951, le méme montant annuel par la suite – proviennent pour l’essentiel de fonds alloués spécialement à la CIA par le Département d’Etat. Ils seront d’abord répartis sous le manteau par les chefs du Mouvement européen : Churchill, son gendre, le secrétaire général Joseph Retinger, et le trésorier Edward Beddington-Behrens. En octobre 1951, le retour de Churchill à Downing Street, résidence des premiers ministres anglais, ne tarira pas ce flot  : entre 1949 et 1953, la CIA va en effet verser aux unionistes l’équivalent de plus de 15 millions d’euros, à charge pour eux d’en redistribuer une partie à leurs rivaux de la Fédération, la tendance de droite du fédéralisme français, laquelle reverse ensuite sa quote-part à l’UEF. Sommes substantielles mais sans commune mesure avec la manne que l’appareil stalinien international, le Kominform, investit au méme moment dans le financement souterrain des PC nationaux et des innombrables ” fronts de masse ” : Fédération syndicale mondiale de Prague, Mouvement de la paix, mouvements de jeunes, d’étudiants, de femmes…

Pour Frenay, c’est clair : l’Europe fédérale constitue désormais le seul bouclier efficace contre l’expansionnisme communiste. Mais comment aller de l’avant quand le nerf de la guerre manque si cruellement ? L’UEF n’est pas riche. Son président encore moins, dont la probité est reconnue de tous – après son passage au ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, Frenay, ancien officier de carrière sans fortune personnelle, a quitté l’armée au titre de la loi Diethelm de dégagement des cadres. Comme au temps de ” l’affaire suisse “, le salut financier viendra-t-il de l’allié américain ? Oui, assurent dès l’été 1950 les hommes de l’ACUE à un représentant français de l’UEF en visite à New York. Conforme à la position officielle du gouvernement américain en faveur de l’intégration européenne, leur aide ne sera soumise à aucune contrepartie politique ou autre, condition sine qua non aux yeux d’Henri Frenay. Et de fait, à partir de novembre 1950, l’ACUE va financer secrètement à hauteur de 600 000 euros l’une des initiatives majeures de Frenay et des fédéralistes de gauche : la création à Strasbourg, en parallèle du très officiel Conseil de l’Europe, d’un Congrès des peuples européens, aussi appelé Comité européen de vigilance.

S’associeront à ce projet des socialistes (Edouard Depreux), des religieux (le père Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien ), des syndicalistes, des militants du secteur coopératif, des représentants du patronat et méme… des gaullistes tels Michel Debré ou Jacques Chaban-Delmas. Mal conçue médiatiquement, l’affaire échoue de peu. Raison de plus pour accentuer le soutien financier, oeuvre du secrétaire général de l’ACUE, Thomas Braden. Connu pour ses opinions libérales, cet ami du peintre Jackson Pollock, n’a pas hésité quand Donovan, son ancien patron à l’OSS, lui a demandé de quitter la direction du musée d’Art moderne de New York.


En juillet 1951, Frenay effectue à son tour le voyage des Etats-Unis sous les auspices du Congrès pour la liberté de la culture – une organisation que nous retrouverons bientôt. L’occasion de rencontrer les dirigeants du Comité et ceux de la Fondation Ford (mais pas ceux de la CIA avec lesquels il n’entretiendra jamais de rapports directs) pour leur faire part des besoins matériels des fédéralistes. Message reçu ” 5 sur 5 ” par les Américains…

A cette date, Braden ne figure plus parmi les dirigeants officiels de l’ACUE. En vertu du principe des vases communicants, l’agent secret esthète vient en effet de rejoindre Dulles à la CIA. Les deux hommes partagent cette idée de bon sens : face aux communistes, ce ne sont pas les milieux conservateurs qu’il faut convaincre, mais la gauche antistalinienne européenne, dont Frenay constitue un des meilleurs représentants. Braden va plus loin : ” Comme l’adversaire rassemblé au sein du Kominform, structurons-nous au plan mondial par grands secteurs d’activité : intellectuels, jeunes, syndicalistes réformistes, gauche modérée… “, plaide-t-il. D’accord, répond Dulles. Naît ainsi la Division des organisations internationales de la CIA. Dirigée par Braden, cette direction centralise, entre autres, l’aide de la Compagnie via l’ACUE aux fédéralistes européens. En 1952, l’American Committee for United Europe finance ainsi l’éphémère Comité d’initiative pour l’assemblée constituante européenne, dont Spaak sera président et Frenay, le secrétaire général.

Brouillés avec la ” Fédération “, leur rivale de droite qui servait jusque-là d’intermédiaire pour le versement des fonds CIA-ACUE par le truchement du mouvement churchillien, les amis de Frenay sont très vite au bord de l’asphyxie. Pour parer à l’urgence, Braden, virtuose du financement souterrain au travers de fondations privées plus ou moins bidon, va, cette fois, mettre en place une procédure de versements directs aux fédéralistes de gauche par des antennes para-gouvernementales américaines. A Paris, plaque tournante des opérations de la CIA en Europe avec Francfort, on opérera par le biais de l’Office of Special Representative, conçu à l’origine pour servir d’interface avec la toute jeune Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), ou de l’US Information Service (USIS). Par la suite, un bureau ACUE proprement dit sera ouvert.

Jean Monnet : des liens troubles avec les services américains

Comme Jean Monnet, président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement. Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux. Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.



Staline meurt en mars 1953. L’année suivante, Cord Meyer Jr, un proche de la famille Kennedy, remplace Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la CIA. Mais 1954 verra surtout cet échec cuisant des européanistes : l’enterrement définitif de la CED. Découragé, Frenay abandonne alors la présidence de l’Union européenne des fédéralistes. A partir d’octobre 1955, les ” amis américains ” reportent donc leurs espoirs sur un nouveau venu, le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. Lié à Donovan et surtout à l’ambassadeur américain à Paris, David Bruce, un proche de Franck Wisner, Monnet est trop fin connaisseur du monde anglo-saxon pour accepter directement les dollars de la CIA. Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, Monnet se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen qui vient d’étre nommé chargé de mission aux Hautes Etudes commerciales de Lausanne. Rieben utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen.

En 1958, le retour du général de Gaulle, radicalement hostile aux thèses fédéralistes, annihile les derniers espoirs de l’UEF et de ses amis américains. Dissolution de l’ACUE dès mai 1960 puis cessation des

financements occultes par la CIA s’ensuivent. En douze ans, la Compagnie aura quand méme versé aux européanistes de toutes tendances l’équivalent de 50 millions d’euros sans étre jamais prise la main dans le sac ! Mais pourra-t-on préserver longtemps le grand secret ?

La première alerte éclate dès 1962. Trop précise sur les financements américains, une thèse universitaire sur les mouvements européanistes doit étre ” enterrée ” d’urgence en Angleterre. Ce remarquable travail est l’oeuvre du fils d’un camarade de résistance de Frenay, Georges Rebattet, créateur en avril 1943 du Service national maquis. Georges Rebattet, le successeur en 1952 de Joseph Retinger comme secrétaire général d’un Mouvement européen dont il a d’ailleurs assaini pour une bonne part le financement.

Deuxième secousse au milieu des années 1960. L’étau de la presse américaine (le New York Times et la revue gauchiste Ramparts ) se resserre sur une des filiales du ” trust ” Braden-Meyer, le Congrès pour la liberté de la culture o๠se côtoyaient des intellectuels antitotalitaires européens de haute volée – Denis de Rougemont, Manhès Sperber, Franz Borkenau, Ignazio Silone, Arthur Koestler ou, par éclipses, Malraux et Raymond Aron. Financé par la CIA au travers de la Fondation Fairfield, le Congrès édite en français l’une de ses revues les plus prestigieuses, Preuves . Jouant la transparence, Braden jette alors son pavé dans la mare. ” Je suis fier que la CIA soit immorale “, déclare-t-il en 1967 au journal britannique Saturday Evening Post , auquel il confie des révélations sensationnelles sur le financement occulte par la CIA du Congrès pour la liberté et sur le rôle d’Irving Brown dans les milieux syndicaux. Silence radio, en revanche, sur le soutien aux mouvements européanistes, le secret des secrets…

Ultime rebondissement à partir de juin 1970, quand le conservateur anglais pro-européen Edward Heath arrive à Downing Street. A sa demande, l’Information Research Department lance une vaste campagne pour populariser sous le manteau l’européanisme dans les médias et les milieux politiques britanniques. En 1973, l’Angleterre fait son entrée dans le Marché commun ; le 5 juin 1975, 67,2 % des électeurs britanniques ratifient la décision par référendum. Dans ce renversement de tendance en faveur de l’Europe, un homme s’est jeté à corps perdu : nul autre que le chef de la station de la CIA de Londres, Cord Meyer Jr. Ce bon vieux Cord qui remplaçait vingt ans plus tôt son copain Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la Compagnie.


Fin de citation.
Un autre intervenant cite une source britannique :

Euro-federalists financed by US spy chiefs.

 

« The Telegraph » 

By Ambrose Evans-Pritchard in Brussels - 19 Sep 2000

 

DECLASSIFIED American government documents show that the US intelligence community ran a campaign in the Fifties and Sixties to build momentum for a united Europe. It funded and directed the European federalist movement. […]

 

The leaders of the European Movement - Retinger, the visionary Robert Schuman and the former Belgian prime minister Paul-Henri Spaak - were all treated as hired hands by their American sponsors. The US role was handled as a covert operation. ACUE’s funding came from the Ford and Rockefeller foundations as well as business groups with close ties to the US government. […] The State Department also played a role.

 

A memo from the European section, dated June 11, 1965, advises the vice-president of the European Economic Community, Robert Marjolin, to pursue monetary union by stealth.

It recommends suppressing debate until the point at which « adoption of such proposals would become virtually inescapable ».


On lui rappelle alors les souces :

. 
A l’UPR nous fournissons toujours les sources de nos informations :
.
Ambrose Evans-Pritchard – Bruxelles
Daily Telegraph, le 19 septembre 2000
Euro-federalists financed by US spy chiefs
http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/1356047/Euro-federalists-financed-by-US-spy-chiefs.html
.
La réunion secrète du 11 juin 1965 au département d’état américain sur l’union monétaire européenne

https://www.upr.fr/wp-content/uploads/dossiers/DEPARTEMENT-D-ETAT-AMERICAIN-Note-du-11-juin-1965-V15.pdf
.
The European Union always was a CIA project, as Brexiteers discover
http://www.telegraph.co.uk/business/2016/04/27/the-european-union-always-was-a-cia-project-as-brexiteers-discov/


Et l'inoxydable Fifi Brind_acier ajoute :

Annie Lacroix Riz a été invitée à une Université de l’ UPR, Asselineau la connaît, je mets souvent en lien deux vidéos.

« Aux origines du carcan européen » 


« Les élites françaises entre 1940 et 1944 »


La revue Historia appartient à Perdriel.

Lequel Perdriel soutient ... Macron !

Lequel Macron s’accroche à l’ UE comme une moule à son rocher ...et propose : « une refondation de l’ Europe » ! 

Dont Asselineau démontre sans cesse l’inanité....

La boucle est bouclée, refaisons vite l’ histoire !


Fin de citations.

Ressentiment personnel : Claude Perdriel dirigeait le NObs du temps que j'y étais abonné, et je ne leur pardonne pas l'intox qu'il nous ont livrée.
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Paul Gogo, journaliste français au service de Georges Soros

Si vous ne connaissez pas Paul Gogo, l’équipe de DONi a réalisé une enquête sur ce journaliste français, trop souvent à l’assaut du Donbass et au cœur d’une propagande qu’il développe librement dans les plus grandes officines médiatiques de France.

C’est à travers l’analyse complète de son Twitter que nous sommes en mesure de montrer, à travers lui, comment les journalistes français abordent le Donbass et traitent les enjeux de cette guerre. Paul Gogo, caricature à lui seul de toute une profession.

Georges Soros le « philanthrope ».

Au milieu de quantité de déclarations frisant la haine et la russophobie, sans parler de l’annonce de soirées avec bonne pitance et force bières, Paul Gogo a affiché cet article du Monde, pour des raisons bien particulières.

Correspondant « indépendant » travaillant entre autre pour le journal Libération, Gogo s’est attaqué à l’agence DONi, notamment à travers la plate-forme StreetPress, dans des articles mensongers et diffamatoires, pratique hélas répandue dans ce média, sur lequel nous reviendrons bientôt.

Ce média compte parmi ses financiers les plus importants, l’Open Society Foundations (OSF), organisation fondée en 1979, par le milliardaire américain Soros, dont l’objectif est dixit : « de promouvoir la gouvernance démocratique, les droits de l’Homme, et des réformes économiques, sociales et légales ».

Installée après la chute du mur de Berlin dans les pays de l’Est et de l’ancien espace soviétique, Soros n’a jamais caché que l’OSF avait le désir de faire émerger une nouvelle génération de politiciens, en clair, de faire de l’ingérence dans tous les pays du Monde (cf les révolutions colorées).

En qualifiant ce personnage de « philanthrope », le public avisé comprendra bien qui Paul Gogo sert, sans parler de l’utilisation de ce mot dont nous redonnons la définition : « Personne qui œuvre pour le bien de ses semblables, pour l’amélioration de leur sort ». Avec Paul Gogo, la caricature décidément se rencontre à chaque instant.

Soros philantrope

L’affaire Graham Phillips, du mépris à la haine

Correspondant français installé quelques temps à Donetsk avant la guerre, Paul Gogo est un jeune couteau de la presse française. Dans cette nouvelle génération qui n’a pas passé la trentaine, le respect des collègues ou des opinions contraires à leurs pensées, ne fait pas partie des règles évidentes de neutralité, prudence et objectivité.

Dans cette déclaration et d’autres que Paul Gogo a publié, il s’attaque vulgairement au célèbre journaliste britannique Graham Phillips « le tocard en chef ». Nous n’aurons pas la prétention de présenter le travail énorme de Graham dans la réinformation dans le Donbass, son courage également sur le front et les risques importants qu’il prit pour donner un peu de vérité au grand public.

Paul Gogo quant à lui, démontre un glissement de cette nouvelle génération journalistique, prête à toutes les vulgarités, mensonges et manipulations, jusqu’à l’absurdité des insultes. Pétris en principe de Démocratie, ce nouveau style de journalistes débridés monte à l’assaut des lecteurs sans aucune conscience, ni politique, ni morale.

Ceci est bien connu, les insultes sont la force des faibles, lorsqu’à court d’arguments, ils sont incapables de débattre, et démontrent bien jusqu’où va cette « Démocratie » qu’ils défendent.

Insultes de Paul Gogo contre Graham Phillips

Insultes de Paul Gogo

L’affaire Laurent Brayard, comment s’attaquer aux enfants d’un père de famille… pour le faire taire

Laurent Brayard est un collaborateur de l’agence DONi, fondateur du service français, qui a plusieurs reprises a mis en défaut Paul Gogo dans son travail sur l’Ukraine. A son propos, ce dernier déclarait : « il nous a tous insulté ».

Notre journaliste avait mis en exergue ses compromissions avec l’Ukraine brune de Kiev, notamment dans un article de Libération, où il appelait en janvier 2015, à verser de l’aide… humanitaire, à l’armée ukrainienne, en pleine bataille de Debaltsevo : http://www.liberation.fr/planete/2015/01/30/de-donetsk-a-kiev-donnez-pour-l-armee-ukrainienne_1192447 .

Gogo ayant passé la ligne rouge vertement, le journaliste de DONi ne fit que son devoir, notamment parce que Paul Gogo reçu la médaille de la ville de Saint-Lô… dont le dernier récipiendaire fut « un héros de la Seconde Guerre mondiale ». Cocasse situation d’une récompense donnée à un soutien de l’Ukraine fortement entachée de néonazisme, derrière un valeureux combattant qui lutta contre l’Allemagne nazie.

Depuis ce jour, comme dans le cas de Graham Phillips, Paul Gogo n’a cherché qu’une simple vengeance, motivant bientôt une série d’articles diffamatoires présentant Brayard comme « un facho », qui se retrouvèrent bientôt sur la table d’un tribunal de Grande Instance, juge aux affaires familiales.

En effet, en février 2016, alors que les épinglages de Brayard à propos de Paul Gogo étaient déjà publiés, une procédure judiciaire fut lancée en France contre le premier par son ex-femme. L’attaque visait à supprimer l’autorité parentale sur ses enfants, avec suppression de son droit de visite, le doublement de la pension alimentaire, une amende de 2 000 euros, le paiement au dépend de toute la procédure judiciaire.

Cette bataille judiciaire menée notre collaborateur Laurent Brayard s’est déroulée en quatre temps, en mai, septembre, novembre 2016, et février 2017.

Mais donnons-lui la parole : « Ce sont mes parents et ma sœur qui sont venus à mon secours, j’étais dans le Donbass quasiment durant toute la période et sans moyens financiers pour me défendre. Qu’il y ait eut contact direct ou non avec mon ex-épouse, les articles de Paul Gogo, se sont retrouvés, fournis par la partie adverse, sur le bureau du juge, en septembre dernier. Le procès est alors devenu politique, il y était dit que j’étais un richissime agent de la Russie, fasciste notoire et d’autres affabulations. J’ai pris très au sérieux cette attaque, j’étais le seul père de famille français, engagé dans le Donbass, il est logique que je fus attaqué à travers mes enfants, rappelons qu’en France les attaques contre la famille sont à la mode. J’ai décidé de disparaître médiatiquement sous mon nom, ceci explique « ma disparition » contrairement aux affabulations écrites à mon sujet, pour protéger mes enfants et le droit à les voir. Mais je travaille toujours en sous-marin, après avoir fait table rase, je ne cherchais pas la notoriété, ni les honneurs, mes enfants étant dans la balance, je n’ai pas hésité. Paul Gogo s’est simplement un type bête et méchant, comme il s’en trouve tellement dans le milieu du journalisme, je le plains, je suis croyant, la vengeance ne fait pas partie de mes options, son travail a toujours été scandaleux et orienté, j’ai fait mon devoir, je le referai ».

Cette attaque judiciaire s’est soldée par une victoire complète devant le juge aux affaires familiales. Dans l’intérêt des enfants, alors qu’il reste une justice en France, aucune des demandes de la partie adverse ne furent avalisées. Laurent Brayard pourra revoir ses enfants.

Selon ses déclarations, les propos de Paul Gogo et d’autres journalistes ou personnages de la guerre de l’information dans le Donbass à son encontre, étaient si absurdes et si éloignés de la vérité, qu’il n’a pas cru que la justice française puisse le frapper à travers ses enfants.

Il indique qu’il continue anonymement le combat, convaincu par cette procédure d’avoir lutté pour la bonne cause face à un système prêt à tout pour détruire ceux qui se mettent en travers de sa route.

Paul Gogo, l’homme qui s’ostracise lui-même

Dans les plaintes continuelles présentes dans ses déclarations sur son incapacité, lui et ses amis, de venir dans le Donbass, Paul Gogo fait ici preuve d’une grande naïveté et d’une aussi grande mauvaise foi.

Dans un pays en guerre comme le Donbass, lui et d’autres sont venus au début du conflit sur place. Cette situation a duré de 2014 à 2015, ils eurent le loisir de rencontrer les civils dans les caves, d’interviewer les combattants, les survivants des massacres et des tortures des bataillons spéciaux ukrainiens, les évadés ou échangés des prisons politiques du SBU, les témoins des atrocités, des bombardements ciblés de civils.

Bien que se déclarant « neutre », les articles de Paul Gogo prouvent sans ambiguïté, qu’il fait œuvre de propagande contre le Donbass et contre la Russie. Ce journaliste oublie par ailleurs qu’il existe des causes à servir, Gogo ne sert ici que des penchants vengeurs, des opinions extrémistes en flouant au pied la déontologie de sa profession.

Imaginons un journaliste suisse en 1944, ayant des accréditations pour venir faire son métier sur le front, suivant les armées soviétique, américaine, anglaise ou française, puis revenant dans son pays pour défendre dans ses articles l’Allemagne nazie, de l’avis des lecteurs, les pays concernés auraient le devoir de lui redonner la chance de revenir sur le front ? Le parallèle est criant.

Mais donnons la parole encore une fois à Laurent Brayard qu’il accuse de l’ostraciser sur place lui et ses amis : « Du pur Gogo (rires), sa liste noire des journalistes est sortie de son cerveau, il s’oublie ici, car les deux républiques ont compris que ces gens-là sont venus les combattre par la plume. Paul Gogo d’une certaine manière est un criminel de l’information, des gens meurent dans le Donbass de sa propagande, il ne s’agit pas ici de venir faire un reportage animalier dans le Périgord. C’est une guerre ! Paul Gogo n’est pas neutre, il sert l’Ukraine de Kiev, il l’a démontré par ses appels pour l’armée ukrainienne, qu’espère-t-il donc après le mal qu’il fait, en brandissant une liberté de la presse qui n’existe pas en France. Avons nous eu la parole nous chez DONi dans un média français ? Bien sûr que non. Gogo oublie que nous avons fait venir quantité de collègues journalistes européens, des dizaines que nous avons fixés, plusieurs fois pour certains, citons Shaun Walker (The Guardian, GB), Kim Segunpa (indépendant Inde), Philippe Warwick (RFI, France), Stéphane Aubouard (L’Humanité, France), Philippe Migault (ancien du Figaro, Valeurs actuelles France), Guillaume Chauvin (photographe indépendant, prix Paris-Match 2009, France), et je pourrais en citer une bonne quarantaine d’autres, d’Allemagne, de Belgique, de Finlande, d’Espagne, du Pays Basque, des Pays-Bas, d’Italie, la liste est très longue. Il est vrai par contre que selon les règles édictées par les deux républiques elles-mêmes, j’aide à faire le tri, pour que des gens comme Gogo, ne puisse plus dire en étant venu dans le Donbass « j’y étais », puis écrire sans fin des absurdités sur le Donbass, ils ne sont de toute façon pas des journalistes, seulement dirons-nous « des serviteurs ». Ils servent une carrière, ils servent ce que j’appelle le IVe Reich européen, ce sont déjà des hommes du passé, ceux d’une cause perdue, ils seront vaincus et Gogo et bien d’autres diront alors qu’ils ne savaient pas… ».

Paul Gogo insulte Givi

Paul Gogo insulte la Russie

L’affaire Christelle Néant et DONi, comment tenter de faire entrer des pièces incompatibles dans un puzzle bancal

Pour finir une déjà longue enquête, nous évoquerons l’acharnement de Paul Gogo, à travers StreetPress et d’autres plate-formes, à vouloir à tout prix faire des supports français du Donbass « des fachos » (combattants, humanitaires, journalistes).

Le parcours de Brayard a été public, il vient de la CNT, syndicat libertaire de l’extrême-gauche, étant passé à l’UPR parti sans couleur qui prône la sortie de l’UE et de l’Euro. Après sa disparition publique de la scène, Gogo et ses amis, notamment Mathieu Mollard et d’autres, se sont lancés dans une campagne diffamatoire contre Christelle Néant et DONi.

Les accusations, en partie alimentée par la « petite guerre des trolls », sont toujours les mêmes, toute l’équipe de DONi serait fasciste, toutes les personnalités passant par DONi le serait aussi, notamment lors de la venue du groupe Les Brigandes.

Janus Putkonen n’a jamais caché avoir des opinions plutôt communistes, et laissons à Christelle Néant le soin de répondre elle-même : « Sur le plan politique, je suis clairement communiste, et je l'ai explicitement dit à M. Mollard lorsqu'il m'a interviewé pour cet article sur StreetPress (en me cachant d'ailleurs au passage le fait que son article serait fait avec Paul Gogo). Cette partie dérangeait trop dans la narration que Gogo voulait imposer à son article, alors elle a été zappée. Tout comme le fait que je lui avait clairement dit qu'un certain nombre de volontaire français étaient politiquement à gauche, voire très à gauche. C'est cela que lui et M. Mollard appellent être « objectifs ». Si cela ne colle pas à leur accusation, hop on enlève. Ils ont enlevé mes années d'activisme de défense des droits de l'homme quand j'étais en France et en Belgique. Ils n'ont gardé que mon passage à l'Unef-ID en le qualifiant de syndicat de centre-gauche pour essayer d'édulcorer mon engagement politique très à gauche qui ne cadrait pas avec la narration qu'ils voulaient donner à leur article. Le plus incroyable a été leur tentative de m'interviewer une deuxième fois après la venue du groupe de visiteurs français, en envoyant un autre journaliste. Je lui ai demandé s'ils me prenaient pour une idiote après ce qu'ils avaient fait de ma première interview, et s'ils croyaient vraiment que j'allais de nouveau leur en accorder une pour qu'elle soit de nouveau déformée, tronquée, comme le fut la première. Comme le dit le dicton populaire : « Qui me trompe une fois, honte à lui ; qui me trompe deux fois, honte à moi ». Tout comme les républiques populaires, je leur avait accordé une chance de montrer qu'ils étaient des journalistes objectifs, et ils ont montré qu'ils ne sont que des propagandistes qui ne méritent même pas que l'on perde du temps avec eux. »

Paul Gogo insulte Janus

Paul Gogo insulte la DNR

Cette enquête montre hélas l’état piteux et dramatique de la profession de journaliste en France. Si Paul Gogo reste un épouvantail aux travers antidémocratiques qui ne trompent pas, il est l’un des nombreux « journalistes » qui dans le futur dirigeront les plus grands médias français.

Ils seront à la tête des rédactions, ils violent déjà toutes les règles, Paul Gogo n’hésitant pas à déclarer publiquement que pour tromper les populations du Donbass, il avait porté un ruban de Saint-Georges, symbole des patriotes russophones et russes.

Le travail de telles personnes ne tend qu’à tromper le public français, le cocktail étant toujours le même : travaux sur commandes (pas de liberté réelle de publication de leurs articles), écrire dans le sens des puissants, des gouvernants, des lobbyings, mépris du public et des collègues non impliqués dans le système, carrière, jouissances et honneurs (médailles, Légion d’honneur etc.).

L’information entre les mains de personnes comme Paul Gogo, devient un danger pour la Nation française, est partisane mais se cache derrière une neutralité, défend des causes contraires aux intérêts du Peuple et détruit la presse, la liberté de la presse et le peu de démocratie qu’il reste encore dans les mains des populations. Dans l’histoire, que dira-t-on de ces hommes-là ?

Paul Gogo couvre Secteur Droit

L’équipe de DONi Press

https://dnipress.com/fr/posts/paul-gogo-journaliste-francais-au-service-de-georges-soros/ Enregistrer
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